Opéra en trois actes avec prologue
Dans le pays de Maigrelande, en des temps très reculés, la cloche de l’église de la capitale, Tourvieille, s’est fendue le jour même de la mort du roi. Le son grêle de cette cloche fêlée fait rire les gens, le bonheur disparaît et un mouvement d’indiscipline naît peu à peu. Le jeune prince a fui dans un village retiré, à Vilaforge, où il n’est connu que de rares personnes, et s’est réfugié chez un de ses partisans, le maître forgeron Braffort. Dans le village de Vilaforge, on fabrique des armes pour le roi de Terrabonde dont le pays est voisin. Le sacristain, Gaspard, vient et raconte à sa façon aux villageois sceptiques comment la cloche s’est mystérieusement fendue. Le beau prince connu seulement sous le nom de Gaiferrant est remarqué par les jeunes beautés du village et chacune s’efforce de s’approcher et d’être remarquée par lui.
Vient Flore, une pauvresse, qui chante, accompagnée par son père, un joueur de harpe ambulant. Gaiferrant demande à Flore de tirer le soufflet de la forge. Ensuite Flore chante la ballade d’un prince qui cherche le bonheur et qui finalement s’aperçoit que le bonheur et l’amour sont une seule et même chose.
Le prince regarde Flore avec tant d’intérêt que Catherine, la fille du tavernier, s’en irrite et provoque une légère maladresse de Flore afin d’exciter contre elle les peysans qui finalement la chassent ainsi que son père.
Vient le curé qui, par sa modestie et sa générosité, jouit d’une grande popularité. Il annonce à Braffort que les partisans du prince ont recueilli l’argent pour une nouvelle cloche qu’il va acheter. Le roi de Terrabonde, accompagné de sa fille Clothilde et de sa suite, vient en grand cortège. Il agit comme s’il était déjà le maître du pays et il promet au peuple tout le bonheur possible. On le reçoit avec empressement. Mais quand son partisan, le tavernier, lui apprend que le curé va acheter une autre cloche, le roi continue sa route pour arriver à la ville avant que le prince n’ait reçu la cloche neuve. Apprenant cela, Gaiferrant décide lui aussi de retourner à sa capitale.
Le musicien ambulant et Flore arrivent à l’auberge près de l’étang du Pin.
On apprend qu’il est le duc de Celymar, invité par feu le roi et venu lui conduire sa fille pour qu’elle épouse le prince. Mais à cause des temps incertains, ils ont pris ces déguisements. Le duc croit déjà que son voyage est vain. Flore est enthousiasmée par la beauté estivale de la nature, elle s’imagine être une campanule et invite le peuple de la prairie (fleurs, champignons, insectes) à danser la ronde avec elle,
pendant que l’orchestre des prés jouera (cigales, sauterelle, crapaud, clochette, etc.).
Le roi et sa fille arrivent. Ils déjeunent, satisfaits que leur voyage semble avoir réussi.. Mais tout à coup, ils prennent peur en entendant l’aubergiste et sa femme se disputer au sujet des porcs qu’ils doivent tuer. Effrayés, croyant que cette discussion les concerne, le roi et sa fille pensent à se sauver. Mais ils croient plus sage d’échanger d’abord leurs vêtements avec ceux des mendiants présents. Peu après, le curé arrive. Le roi juge le moment propice pour obtenir du curé la bourse destinée à l’achat de la cloche. Il réussit à l’émouvoir en lui parlant de son fils, prisonnier à la guerre et qui sera tué si une rançon n’est pas versée. Le curé donne sa bourse et le roi, dans sa joie, la remet en dot à Flore, puis il continue sa route avec sa fille.
Gaifferant vient, il reconnait ses amis les vagabonds vêtus d’habits royaux. Flore l’invite à prendre part au grand ballet de cour offert par la Nature. Puis Gaifferant déclare que le conte continue et il demande la main de « Princesse Campanule ». Le duc hésite à prendre pour gendre un forgeron, mais celui-ci espère bientôt obtenir un royaume. Le prince forgeron apprend avec surprise que la bourse des cloches est entre les mains de Flore. Tous les trois partent chercher un royaume pour Gaifferant.
Le curé, entendant dans le lointain tinter la cloche fendue, commence à se repentir profondément. L’argent ne lui appartenait pas. Des grenouilles montent de l’étang et lui coassent des mots de reproche. Gaspard arrive et le console, affirmant qu’il arrangera tout en présentant au peuple un motif de retard. Au début, le curé se calme et entend la voix des cigales; mais songeant aux futurs mensonges de Gaspard, il s’assombrit et n’entend plus que le coassement des grenouilles. Triste, le curé s’éloigne, suivi de Gaspard. Il pleut et on entend l’orage au loin.
Sur la place de Tourvieille. Les mensonges de Gaspard, au sujet de la cloche, éveillent des doutes. Le peuple se détourne du curé, partout où il va les enfants se moquent de lui. Même les grenouilles lui coassent des reproches. Le roi de Terrabonde, satisfait des événements, se prépare pour prendre le pays de Maigrelande. Le peuple le soutient déjà presque unanimement mais le Prince, lui aussi confiant dans sa chance, aidé de Braffort, procède à ses derniers préparatifs.
Flore n’a pas revu Gaiferrant depuis son arrivée à la capitale et, tombée dans un profond chagrin, elle chante. Les clochettes viendront la consoler lorsque la méchante Catherine, sa rivale, affirmera que Gaiferrant a tourné ses yeux vers une autre plus riche. Braffort vient et annonce à Flore et à son père que le prince la demande. Mais Flore, qui ne sait pas que le Prince et Gaiferrant sont un même personnage, ne répond pas à cet appel. Contre la volonté de son père, elle veut seulement retrouver Gaiferrant.
Le peuple exige de Gaspard des explications sur ses mensonges, et le pendrait si le curé n’intervenait à temps pour sa défense. La situation devient si confuse que le curé décide de proclamer ses torts et de dire la vérité. Mais, à ce moment, on entend du haut du clocher le son clair de la cloche, qu’en cachette le prince s’est procurée. Les portes du château royal s’ouvrent et le prince suivi de son escorte parait dans ses habits de souverain. Il annonce qu’il a choisi une Reine pour son peuple. Braffort conduit Flore, surprise et hésitante, devant le prince, le peuple acclame le couple royal, chante un hymne en l’honneur de la nouvelle cloche et, au milieu des acclamations, le couple royal entre dans l’église dont les portes grandes ouvertes laissent entendre les orgues.