
Opéra en trois actes
Composé en 1917
3332/4332/12/1/
cordes, solistes et choeurs
Présentation
Launis a toujours voulu être un compositeur d’opéras. Après Les sept frères, il s’est intéressé au thème de Kullervo.
Le langage musical des arias de Kullervo représente le style romantique national. Il fait penser avant tout à la musique de Toivo Kuula ou d’Oskar Merikanto. Le solo de la trompe de berger du début et les appels au début du 2e acte ont été influencés par les expériences vécues au cours des collectes des mélodies populaires.
Dans Kullervo, le compositeur donne plus de place aux éléments vocaux, et il y a des détails fins dans les parties vocales de la mère, par exemple. Launis applique la technique du leitmotiv dans une certaine mesure, et par exemple, la Berceuse a un leitmotiv annonçant la réconciliation. Cependant, le compositeur s’écarte souvent de l’unité wagnérienne, car il existe des morceaux séparés, comme la danse des servantes bleues, la chanson à boire de Nyyriki, le sortilège d’Ajatar et les fêtes des gobelins à Untola.
Dans cet opéra – comme dans presque toutes ses productions – il y a une forte intrigue musicale folklorique ; dans ses deux premiers opéras, le ton est finlandais, et dans les opéras ultérieurs, les influences proviennent du folklore de différentes nations.
Livret
Le texte d’Armas Launis est fondé sur la pièce Kullervo d’Aleksis Kivi (1864), le Kalevala, la Kanteletar et la pièce en vers d’Eino Leino : Le Cygne de Tuonela (1898).
Action
Personnages : Kullervo, esclave d’Ilmari (baryton), Kimmo, esclave d’Ilmari (basse), Kalervo, père de Kullervo (basse), mère de Kullervo (mezzo-soprano), Ainikki (rôle muet) et Kelmä, sœurs de Kullervo (soprano), Unto, frère de Kalervo (rôle muet), Ilvo, maîtresse d’Ilmari ; camarades de guerre de Kullervo Tiera (basse comique), Käpsä (ténor), Viksari (baryton) et Tiimanen (ténor) ; Nyyrikki, oiseleur (ténor comique), 1er homme d’Ilmari (baryton), 2e homme d’Ilmari ténor), elfes : Sinikki (soprano), Tuulikki (soprano) et Tellervo (alto) ; gens du Mal : Ajatar (alto), Remunen, Vierge de la Mort, Syöjätär, Turja et trolls (rôles parlés) ; elfes, nymphes, domestiques d’Ilmari, hommes d’Unto, autres gens.
L’action se déroule sur une colline boisée près d’Ilmala, à la ferme de Kalervo au bord du lac de Kalalampi, dans la cour d’Untola et dans une forêt près d’Untola.
1er acte
À cause d’un litige ancien, Kullervo, fils de Kalervo, a été vendu comme esclave. Le frère de Kalervo, Unto, a détruit sa famille, et Kullervo jure de se venger de son oncle. Le vieil esclave de Kalervo, Kimmo, lui conseille de ne pas commettre de meurtre et révèle qu’il s’est une fois vengé en assassinant en secret un homme d’Unto. L’aveu de l’assassinat met Kullervo en colère et il menace d’étrangler Kimmo. Celui-ci arrive à grand-peine à le calmer et Kullervo rejoint son troupeau.
Kimmo apprend de l’oiseleur Nyyrikki que les parents de Kullervo sont toujours en vie dans une forêt lointaine. En mangeant, Kullervo casse son couteau, seul souvenir de son père ; la maîtresse d’Ilmari avait mis une pierre dans son pain. Kullervo, assoiffé de vengeance, invoque Ajatar, l’esprit maléfique de la forêt, qui, avec des incantations, déchaîne les bêtes sauvages sur le bétail d’Ilvo (« Lève-toi, forêt avec ton bétail »). Ilvo l’invective violemment et quand, dans sa colère, elle traite Kullervo d’esclave, celui-ci la bat à mort et quitte le pays.
2e acte
La famille de Kalervo vivote dans une grande misère à Kalalampi. Ainikki, une de leurs deux filles, a disparu. L’autre, Kelmä, arrive pleine d’espoir car les habitants du voisinage viennent prêter main-forte aux recherches. Kelmä essaie de se souvenir de sa sœur en chantant l’aria (« Nous sommes deux belles »), reprise en choeur par son père et sa mère. Kullervo arrive chez ses parents sans savoir qui ils sont. Il avoue son crime et, grâce au témoignage de Kimmo, les parents horrifiés reconnaissent leur fils dans ce meurtrier. La tendresse l’emporte chez la mère. Elle prend son fils dans les bras et chante une berceuse (« mon beau trésor, tête bouclée et blonde… ») Quand le père furieux chasse Kullervo, celui-ci avoue un autre crime. Il a, sans le savoir, déshonoré sa sœur. Au même moment, on amène le cadavre d’une jeune fille qui s’est jetée à l’eau et s’est noyée. La mère entonne alors un chant funèbre à voix basse; la foule se joint avec force à cette lamentation (« Mon image à moi est morte »). Kullervo, maudit par son père et sa soeur, s’en va en guerre malgré les supplications de sa mère. Il veut assouvir sa vengeance, car la source de tous ces malheurs, Unto, est toujours en vie. Après son départ, sa mère accablée de chagrin, meurt dans les bras de Kelmä.
3e acte
Kullervo met sa menace de vengeance à exécution : il tue Unto et brûle sa maison. Mais la joie de la vengeance se mue en horreur. Dans les reflets des flammes, il voit tous ses crimes. Tourmenté par le remords, il s’en va et retourne sur le lieu de son premier crime. Il dégaine son épée et bercé par la berceuse de sa mère, se poignarde.
Représentations
Première à l’Opéra finlandais le 28 février 1917.
Adapté en français et drigé par Charles Boisard, l’opéra est diffusé par Radio-Nice PTT le 30 juillet 1938. Puis il est créé à Nice le 22 février 1940 au Palais de la Méditerranée, sous la direction de Henri Tomasi, dans une mise en scène de Marcel Sablon, à l’occasion d’un gala de soutien à la Finlande, alors en guerre contre l’Union Soviétique. Ce fut le premier opéra finlandais joué en France. Le 22 octobre 1947, Charles Boisard dirige Kullervo à Radio Monte-Carlo.