« Une étoile brillante scintille au centre de la partie supérieure de l’ouverture scénique, puis disparaît à l’ouverture du rideau. On aperçoit un paysage marin ouvert. Un trois-mâts s’approche lentement, dans la lueur du soleil couchant. On entend au loin les cris des marins qui règlent les voiles. »
Le ciel est couvert de nuages. Une tempête se lève. Le navire disparaît à l’abri d’un paysage orageux. Mais, du rideau de nuages, la Sainte Vierge apparaît dans le ciel, qui, protégeant des dangers, apporte une aide miraculeuse au marin.
La tempête passe rapidement. Les nuages se dispersent et le même trois-mâts, désormais à l’abri de la destruction, repart au large. Il est déjà tard dans la soirée. On entend à nouveau au loin les cris des marins. Alors que le soir s’assombrit, un éclatant éclat de lumière se dessine dans le ciel. Le marin offre à nouveau son Une aide précieuse pour un guide compétent et fiable : l’Étoile Polaire.

Illustration et texte extraits du livret
Opéra en quatre actes
Écrit et composé par Armas Launis
La légende selon laquelle la Vierge Marie aurait pris la place d’une sœur ayant quitté son couvent pendant son absence a été traitée, entre autres, par Maurice Maeterlinck dans la pièce « Sœur Béatrice », Karl Vollmoeller et Engelbert Humperdinck dans la pantomime « Ihme », et Amos Andersson et Heikki Klemetti dans la pantomime « Vallis Gratiae ». Le premier décrit principalement les agissements de la Vierge Marie en remplacement de la sœur fugueuse. La pièce de Maeterlinck a été adaptée en opéra par le Russe Gretchaninov et jouée à Moscou en 1911-1912 et à Paris en 1931. Vollmoeller et Andersson, quant à eux, se concentrent sur les étapes de la fuite de la sœur et sur son séjour au couvent, la première se situant le long du Rhin, la seconde à Naantali.
L’intrigue de « La Chanson de la sorcière » est celle qui se rapproche le plus de l’adaptation d’Amos Andersson. Cependant, elle diffère de toutes les adaptations susmentionnées en ce que l’histoire de la sœur en fuite est mêlée à un autre thème, apparenté au poème éponyme de Wildenbruch : une sorcière se venge de sa famille qu’elle hait grâce à une potion magique. Son pouvoir mystérieux fait entendre à celle qui la boit une mélodie intérieure qui la hante sans cesse, la menant à la folie : le chant de la sorcière, qu’elle entonne lors de quelques fêtes. Un troisième thème s’entremêle aux deux précédents, tel un lien : l’histoire d’une maison hantée enfin libérée de ses fantômes. Dans le texte lyrique, cette scénographie se distingue nettement des adaptations parallèles par sa forme concise, précise et poétique.
« Le Chant de la Sorcière » regorge d’impressions puisées dans les voyages de l’auteur à l’étranger. Ainsi, les descriptions du monastère s’inspirent de l’atmosphère d’un monastère français où il a fait la connaissance de la vénérable abbesse et d’une nonne, Béatrice, prénom qui se trouve être le même que celui du personnage principal de la pièce de Maeterlinck. Le décor du deuxième acte est sensiblement le même que celui du Basfond d’Alger, un bar fréquenté par les marginaux dans le quartier de Bab-el-Oued à Alger.
« Sirène » est un nom approprié, quoique peu pratique, pour l’image populaire des églises dédiées à la Vierge Marie dans les villes côtières méditerranéennes, car la Vierge Marie, dans ce sens, est la mère qui assure la sécurité de tous les marins, comme en témoignent de nombreuses tablettes votives attachées à ces images. L’histoire du sauvetage miraculeux du premier acte est un fait divers marseillais. Les mendiants chantant sont un spectacle courant dans les rues du Maroc. Les feux de la Saint-Jean, une ancienne fête populaire médiévale, sont encore célébrés tels qu’ils sont décrits dans cette pièce, même aujourd’hui dans toutes les villes des Pyrénées qui portent le nom de Saint-Jean.
La pièce dont il est question ici est imprégnée par la mer, berceau de la famille de l’auteur et source d’inspiration pour sa composition.
Il convient également de mentionner que le thème du « Chant de la sorcière » s’inspire d’un incident insolite survenu dans la ville natale de l’auteur: une femme, pourtant parmi les personnes éveillées, était allée demander conseil à une sorcière et avait même bu la potion magique qu’elle lui avait proposée. De ce fait, elle tomba sous l’emprise d’esprits maléfiques qui la forçaient parfois à exprimer, malgré elle, les pensées de ses persécuteurs intérieurs.
Les chœurs « Ave, maris stella » et « Media vita » reprennent d’anciens motifs médiévaux. La musique, qui conclut la scène précédente du troisième acte et introduit la suivante, est basée sur le Prélude en si mineur (Klavier Bien tempéré 1) de Bach.
Texte traduit du finnois.