DISCOURS EN L’HONNEUR D’ARMAS LAUNIS, HÄMEENLINNA
LE 19 OCTOBRE 2009
Mesdames et Messieurs! Chers amis !
Armas Launis est né à Hämeenlinna, voilà 125 ans, le 22 avril 1884, comme cela a été rappelé plusieurs fois, au cours de ces derniers jours. On ne répétera jamais assez cette date au cours de cette année de célébrations pour qu’elle ne soit pas oubliée à l’avenir.
A la bibliothèque de l’Université de Helsinki où l’on tient, à la disposition des chercheurs, les archives d’Armas Launis, s’est ouverte la semaine dernière une exposition intitulée : « Armas Launis, l’oublié : compositeur, écrivain, chercheur et professeur ». Ce titre est pertinent, même si les différents rôles de Launis ont été oubliés de manières diverses. En même temps, cette énumération de fonctions – compositeur, écrivain, chercheur, professeur – témoigne d’une personne multi-talentueuse, d’un homme aux multiples talents.
La plus étrange de toutes ses réalisations oubliées est peut-être la création des Conservatoires Populaires de Finlande. Au cours de ses longs voyages, Launis s’était familiarisé avec le système d’écoles de musique en Russie, en Allemagne ainsi qu’en France. Inspiré par ces exemples, vit le jour, sous son impulsion, le Conservatoire Populaire de Helsinki en 1922 et, au cours des années suivantes, les Conservatoires Populaires de Turku, Tampere, Pori, Vaasa, Kotka, Oulu et Uusikaupunki. Ils étaient destinés aux familles de moyens modestes, aux personnes de tout âge, sans visées professionnelles, avec pour objectif principal d’éveiller et de soutenir l’intérêt vers la pratique de la musique. Le Conservatoire de Helsinki accueillit, dès la première année, 250 étudiants. Trois ans plus tard ils étaient 550, encadrés par dix-huit enseignants. Très variés, les métiers des étudiants allaient du monteur électrique au chef de gare, en passant par des métiers tels que tapissier, assistant de tailleur, ferblantier, typographe, limeur, garçon de course, ouvrier métallurgique, orfèvre, téléphoniste, ouvrier fabriquant d’instruments, fabriquant de saucisses, comptable, épouse, bachelier, écolier. Etant donné que Launis passait, à cette époque, ses hivers souvent à l’étranger, les activités des établissements des autres villes se sont éteintes peu à peu, mais à Helsinki elles continuaient et se poursuivent encore aujourd’hui, sous le nom du Conservatoire de Musique de Helsinki.
Launis fut également écrivain et, à ce titre, il fait partie des nombreux grands auteurs de la ville de Hämeenlinna. Launis composa les livrets poétiques de ses opéras, rédigea deux livres de voyage, l’un sur la Laponie, l’autre sur l’Afrique du Nord, ainsi que des centaines de petits essais et récits de voyage, publiés dans les revues et les journaux finlandais. Les lecteurs finlandais connaissaient Launis surtout pour ses récits de voyage concernant le Nord, l’Europe et l’Afrique du Nord.
Il rédigea également son autobiographie : Taival, jonka vaelsin (Le chemin que je parcourus), mais celle-ci n’intéressa pas les éditeurs finlandais et resta, par conséquent, non publié . Il est cependant possible d’en prendre connaissance dans les archives d’Armas Launis. L’autobiographie fut écrite dans les années 1940, et le texte fut complété au début de la décennie suivante. Launis y intégra 102 de ses articles de journaux, ce qui rendit l’ensemble, selon ses propres termes, « coloré par les souvenirs de voyage ».
Launis était un cosmopolite inné, un citoyen européen pour commencer, puis un véritable citoyen du monde, animé par la curiosité, sans préjugé à l’égard des conditions de vie, populations, cultures et musiques étrangères. Doté d’une grande capacité de compréhension, le jeune bachelier saisit rapidement l’essentiel des chants les plus complexes. Comment est-ce possible qu’un tel personnage ait pu grandir dans la maison de Lukiokatu et les quartiers environnants d’il y a 120 ans ? C’est difficile à comprendre. Pour l’expliquer, on a évoqué l’histoire familiale différente des parents, les racines multi-culturelles de la famille. Le père, suédophone, était originaire de l’archipel de Turku, fils d’une vieille famille de marins de Korppoo ; la mère quant à elle, descendait d’une vieille famille de paysans finnophones de Sääksmäki. Au cours de sa jeunesse, la mère d’Armas Launis avait chanté, lors des festivités du village de Ritvala, dans la procession de Pentecôte qui se dirigeait vers Helkavuori. Par ailleurs, Launis rappelle, dans ses écrits, que sa mère était dotée d’un « considérable talent de clairvoyance » ; elle eut parfois des rêves prémonitoires et était capable de prévoir le cours des choses avant que celles-ci n’aient lieu.
Le citoyen du monde que devint Launis consacra un nombre très important de pages de son autobiographie aux descriptions de Hämeenlinna de son enfance. Les souvenirs d’un homme qui s’installa à Nice en 1930 sont vivants, concrets et précis. On y trouve ambiance, bruits, odeurs, saveurs et visions captés depuis la fenêtre de la maison familiale. « Je m’en souviens comme si c’était hier », écrit-il. On entend les bruits de la rue, le cocher passe avec sa voiture à chevaux. Quelqu’un monte l’escalier de la véranda de verre, c’est Iita, l’employée de maison qui vient encore de temps en temps, me prépare du pain perdu « jästileipä » et me tend une chope de lait caillé. Les cloches de l’église russe se mettent à sonner : Usakoff, Patanoff, Novosiloff, Kostus. / Donne-moi deux roubles, / Je te les rendrai un jour…/ Usakoff, Patanoff… la nuit commence à tomber. Usakoff Patanoff, Novosiloff sonnent les cloches depuis l’obscurité de la soirée… deux roubles… le sommeil gagne le jeune homme.
En face c’était la maison de la famille Henrikson. Un peu plus haut, le long de la rue de Lukiokatu, sur la gauche, c’était la demeure des Helin. Dans la maison à côté des Helin, il y avait les Östfelt. Vue à travers les yeux d’un enfant, cette famille, composée uniquement d’adultes, semblait relever d’un espace de contes de fée, tant ils ressemblaient à des créatures du monde des lutins.
Au coin de la rue habitaient les Stalhammar, un peu plus loin dans la rue Lukiokatu les Skutnabb auxquels on rendait souvent visite. Le vieux Skutnabb était un ancien constructeur du canal de Saimaa et signait ses papiers Slussbyggmästar Skutnabb. Sa fille avait épousé le maître-peintre Steffan Hägg. Ils habitaient un peu plus loin, le long de la même rue. Dans la famille, il y avait des enfants du même âge : Eero, Anna et Sylvi. La même maison était habitée par la directrice de l’école élémentaire itinérante, Madame Tuhkanen. Tante Tuhkanen tricota, au jeune Armas, des chaussettes en laine pour chaque Noël. Les garçons Toivo (« Topi »), futur artiste, et Usko, future pasteur de Kangasala, lui procuraient le sentiment très solide qu’il ferait toujours partie des habitants de Hämeenlinna.
Dans la cour de la maison, habitait aussi Hugo Hällfors, ancien percepteur de la couronne. Dans l’autre bâtiment logèrent, pendant plusieurs années, un enseignant et un compositeur nommé Emil Genetz. Il laissa la place à un autre percepteur qui avait plusieurs enfants de notre âge. L’un des logements était habité par une dame noble que tout le monde appelait « La grâce ». Il fut occupé plus tard, de temps à autre, par mon père, habitant invétéré de Hämeenlinna, qui ne se plaisait jamais vraiment à Helsinki.
En 1893, quand Launis eut neuf ans, la famille déménagea et partit vivre à Helsinki. Launis écrivit au soir de sa vie : « J’ai fait ce voyage d’une journée entière avec mon frère dans la voiture de troisième classe, connectée à un train de marchandise. Je ne le savais pas encore, mais je venais d’entamer un long voyage un très long voyage, qui se poursuit encore aujourd’hui… »
En automne 1901, Launis commença ses études à la fois à l’université et à l’Ecole de l’Orchestre de la Société Philharmonique de Helsinki. Launis y eut pour professeur de composition, pendant plusieurs années, Jean Sibelius. Sans le moindre doute, on parla souvent de Hämeenlinna pendant ces cours.
Dès le premier été d’études, Armas Launis ne résista pas à l’envie de bouger. Il passa les cinq étés suivants à collecter des chants populaires. Tout d’abord dans la région de Kainuu en 1902, puis en Ingrie, au Sud du Golfe de Finlande en 1903 et 1906, de même qu’en Laponie, parmi les Sames du Nord en 1904 et 1905. En 1905 il se rendit, par ailleurs, en Carélie pour y rencontrer de célèbres chanteurs de poèmes populaires caréliens dont Jehkin Iivana, le plus célèbre joueur de kantele. Tous ces voyages résonnent à travers les opéras de Launis.
Au cours de ces années-là, Launis était devenu un chercheur du niveau international. C’était très curieux, car la musicologie était encore balbutiante en Finlande, comme dans d’autres pays, et Launis cherchait son chemin de manière autonome. C’est à l’âge de vingt ans qu’il se rendit, pour la première fois, en Laponie. Il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il allait y découvrir ; l’une des traditions musicales les plus originales d’Europe, le joik des Sames du Nord. Il rencontra, au lac Menesjärvi d’Inari, Juhani Jomppanen qui n’était pas très bon en joik, mais qui connaissait bien le passé et la signification des joiks. Launis s’entendait étonnamment bien avec les habitants des montagnes lapones, comme l’indiquent ses nombreux écrits. Juhani Jomppanen avait dans sa demeure d’été, une carte /d’Europe et le soir, auprès du feu de cheminée, Launis qui, à l’instar de Jomppanen, n’avait jamais séjourné à l’étranger, fut mis à contribution en raison de ses connaissances acquises à l’école pour décrire chaque pays pointé du doigt par Jomppanen. Quand on en vint à parler de la Turquie et que Jomppanen apprit qu’un Turc pouvait avoir jusqu’à cent épouses, l’auditoire se tut brusquement et Jomppanen jeta un regard discret sur sa femme.
Selon Jomppanen, le meilleur chanteur de joik était bien Kaapin Jouni qui habitait à Hammastunturi, et pour présenter son ami, il chanta le joik de Kaapin Jouni.
Et on finit bien par trouver cet homme habitant le mont de Hammastunturi : « un lutin de quelques centimètres de haut, aux immenses savoirs, le meilleur chanteur de joik que j’ai rencontré ». Launis réussit à collecter plus de 200 joiks, et dès le premier soir, il consigna sur du papier à musique le terrible joik de Kautokeino.
Launis écouta également des histoires qui racontaient la révolte de 1852 de Kautokeino et de son héros Aslak Hetta. Plus tard, il écrivit et composa un opéra abordant le même sujet avec pour thème majeur le joik de Kautokeino de Kaapin Jouni. Lorsque Launis et Kaapin Jouni se sont rencontrés, trois décennies plus tard, Jouni produisit le joik d’après la mélodie de son propre joik : « Oh !docteur Launis de jo nunnu, quel plaisir, nunnu nuu ».
Ces instants captés qui évoquent la relation entre le chanteur et celui qui élaborait la partition sont nombreux. Launis respecta les chanteurs de joik, et parla dans ses articles et ses opéras, du peuple et du pays des Sames. Il fut ainsi en avance de soixante ans par rapport à son époque, car il fallut attendre jusqu’aux années 1970 avant que les Lapons deviennent officiellement des Sames. Aslak Hetta chante dans l’opéra de Launis, dans l’opéra national des Sames : « Non, mon œil ne s’habitue pas à l’oppresseur ; l’avenir de la Laponie verra le jour ! » En 1922 Launis publia un ouvrage chaleureux, intitulé, Le Pays de mes désirs.
A l’âge de 24 ans, Launis se plaça au premier rang de la musicologie comparative européenne lorsqu’il publia la collection scientifique Lappische Juoigos-Melodien. Il y présenta le résultat de ses deux voyages : 824 joiks. Jusqu’alors, seuls quelques joiks avaient été publiés. Encore aujourd’hui, la collection de Launis fait partie des collections de joiks des Sames du Nord les plus considérables existantes. Il s’agit, par ailleurs, d’une recherche scientifique tellement importante relative aux structures musicales du joik que depuis sa publication, personne n’a encore été capable de la dépasser. Comment se fait-il que le chercheur en herbe de 24 ans seulement se montra capable d’un tel exploit ? – C’est en 1909, à Vienne, lors d’un congrès international de musicologie que Launis présenta sa plus grande trouvaille, la pentatonique sans demi-note du joik. Il étudiait, à l’époque, la composition d’opéras à Weimar.
Puis vint le temps de la rédaction d’une thèse de doctorat. Publiée en 1910, la thèse d’Armas Launis était de niveau international, autant sur le plan des analyses et des classifications des mélodies populaires estoniennes, ingriennes, caréliennes et finnoises. Or, presque aussi subitement qu’il s’y était mis, Launis mit terme à sa carrière scientifique dont la progression avait été soutenue par son énergie impétueuse. Launis prit la décision de devenir compositeur d’opéras : travail qui le passionna jusqu’à la fin de ses jours.
A l’époque, il n’était pas facile de se familiariser avec la littérature d’opéra. Il fallait se rendre dans les grandes villes de tradition musicale pour examiner les partitions sur place. Launis travailla sur sa thèse à Saint-Pétersbourg en 1910, où il fut accompagné par sa jeune épouse, Aino Vaïrinen. « A Saint-Pétersbourg », écrit-il, « j’ai eu l’opportunité inattendue de me familiariser avec une grande partie des meilleurs opéras – chose qui était encore impossible dans mon propre pays à l’époque. Dans les bibliothèques, j’ai également pu prendre connaissance des partitions des opéras russes les plus connus. »
Son premier opéra était Les Sept Frères. Le livret se termina en premier, comme cela fut généralement le cas pour les opéras de Launis. Afin d’achever la composition, l’homme cosmopolite dut se rendre à Paris pour y écouter les opéras les plus récents. La partition pour piano fut terminée à Munich, celle pour orchestre à Rome et la première eut lieu, dans le même élan, au Théâtre National de Finlande en avril 1913. L’opéra fut un succès. Vint ensuite le tour de Kullervo qui deviendra le second opéra le plus souvent monté d’Armas Launis. Puisqu’il connaissait déjà les pays d’Ingrie et de Carélie, il n’avait plus à chercher l’inspiration à Koli à l’instar des Carélianistes. Afin de créer une ambiance propice pour ce second opéra, Launis se rendit dans la grande ville impériale de Moscou ainsi qu’en Crimée où il put assister, avec son épouse, à des présentations de danses tatares vertigineuses . Sur le chemin du retour, ils passèrent encore un mois à Moscou, période après laquelle il ne manquait plus que la finition de la partition de Kullervo. Cela fut fait à Launisto, à la maison de Leppävaara. La première eut lieu en 1917. Launis obtint le prix de l’Etat pour chacun de ses deux opéras et, à partir de 1920, il eut droit à la retraite d’artiste, autrement dit et selon le lexique d’aujourd’hui : une pension d’artiste à vie.
Pour composer son prochain opéra, organisé autour des thématiques de la culture same, intitulé Aslak Hetta, Launis se rendit dans l’impressionnante région montagneuse de la Bavière du Sud. Il s‘acheta un piano à Berlin qu’il fit transporter, non sans mal, à travers le territoire allemand, avant de parvenir à l’installer dans la petite pièce annexe (prévue initialement pour le bétail) de sa cabane alpine. Le travail de composition prit toutefois du retard, et entre-temps, Armas et Aino Launis, tous deux enchantés par l’Afrique du Nord, passèrent deux hivers en Algérie. La partition d’Aslak Hetta fut achevée au quartier latin à Paris en 1928. Deux ans plus tard eut lieu la naissance d’Asta, et les Launis s’installèrent définitivement dans le Sud de la France. Le travail passionné de composition se poursuivit et plusieurs opéras virent le jour dans les années 30. Jehudith, un opéra inspiré par les voyages en Afrique du Nord, fut terminé en 1940. Des fragments furent présentés en France en 1954. Lorsqu’on écouta, vendredi dernier (le 16 octobre 2009), au cours du symposium organisé à la Bibliothèque de l’Université de Helsinki, l’enregistrement réalisé en 1954, le public fut ravi : voici l’œuvre absolument majeure d’Armas Launis en tant que compositeur.
Nous le savons, tous les opéras d’Armas Launis n’ont toujours pas été représentés à ce jour. Aslak Hetta eut sa première en 2004, en version concert, et plus tard, sortie d’un CD. La surprise fut générale : pourquoi seulement maintenant ? Parmi les autres opéras qui attendent leur tour figurent Le Chant de la Sorcière, Le Foulard magique carélien et Jehudith – tous des opéras remarquables. A cette occasion, je ne peux pas ne pas poser la question suivante : quand l’Opéra de Finlande se montrera-t-il capable d’assumer sa responsabilité à l’égard de l’histoire de l’opéra finlandais, tout en se montrant fier de son histoire ?
Au cours du centenaire de la naissance d’Armas Launis, il n’était guère possible d’évoquer une année de célébrations, car il s’agissait plutôt d’un profond silence. La radio finlandaise proposa certes une émission au cours de laquelle on s’interrogea sur les raisons pour lesquelles Launis avait été oublié et mis à l’écart. De même, on pouvait se demander pourquoi les livres d’histoire persistent à employer, au sujet de Launis, les mêmes descriptions à la fois stéréotypées et réductrices.
Cette question intéresse bien des personnes, et sans doute on nous proposera un jour une réponse rationnelle. Mais ce qui compte, c’est que le silence n’est plus. Car, ne l’oublions pas, il y a toujours eu des personnes qui se sont souvenues d’Armas Launis. Parmi les documents archivés, il y a une lettre qui était manifestement très importante pour celui qui la reçut. Lorsque la Radio Finlandaise diffusa, à la fin 1947, l’enregistrement de l’opéra Kullervo, réalisé par la Radio Monte-Carlo, Launis reçut à Nice une lettre de Tauno Pylkkänen, compositeur finlandais de la nouvelle génération. Stimulé par la radiodiffusion de l’opéra de Launis, Pylkkänen prit son stylo pour partager avec lui ses fortes impressions. Son premier opéra venait d’être bien accueilli, et Pylkkänen reconnut l’impact qu’avait exercé sur son propre travail celui de Launis qu’il considérait comme son modèle. Le fait d’avoir assisté à la présentation de Kullervo, au printemps 1934, constitua un tournant dans la vie du jeune écolier intéressé par la composition. La partition pour piano était pour lui aussi importante que le catéchisme et la Bible, en somme le livre le plus cher. Pylkkänen soulignait avant tout la manière dont, dans l’œuvre de Launis, « se trouvent associés les éléments dramatiques et lyriques sur fond purement finlandais », ce qui, d’après Pylkkänen, correspond à l’idéal de l’opéra finlandais. « En écoutant Kullervo à la radio », poursuivit Pylkkänen, « j’ai compris tout ce que je dois à votre œuvre ». « Permettez-moi de vous adresser mes remerciements sincères et chaleureux au sujet de Kullervo – l’opéra finlandais parmi les opéras finlandais ! »
A l’approche du 75e anniversaire de naissance d’Armas Launis, il y a cinquante ans, on décida de monter, à Hämeenlinna, l’opéra Kullervo en l’honneur de son compositeur. Le projet avait été lancé par une amie proche de la famille Launis, et membre du Conseil de Musique de la ville, Aino Kurki-Suonio. Tout avait été prévu, à part le manque d’argent, comme c’est toujours le cas. Le compositeur Tauno Marttinen, directeur musical de l’événement, adressait les mots suivants à Nice : « Votre Kullervo serait la première présentation d’un opéra dans la ville de Hämeenlinna, un événement marquant en soi ». Les chanteurs et les musiciens furent trouvés, on procéda à quelques adaptations pour le petit orchestre, et on parvint à trouver un chanteur particulièrement talentueux pour le rôle de Kullervo – Harri Nikkonen. En se familiarisant avec la partition, Marttinen trouve étrange que celle-ci ait reçu si peu d’attention en Finlande. La lettre se termine : « J’aimerais vous connaître mieux – je suppose que vous êtes un personnage plutôt original qui n’a malheureusement pas été compris ici… En même temps, je tiens à vous dire qu’on ne vous a pas oublié, en Finlande, et que vous ne serez pas oublié. J’espère que nous aurons l’occasion d’écouter plus souvent votre musique et vos opéras. »
Il est facile de partager l’avis de Tauno Marttinen, même si Kullervo ne fut pas monté cette fois-là. Or aujourd’hui, cinquante ans après, le jour est venu. Même s’il y eut changement de programme, Les Sept Frères est un début d’autant plus intéressant qu’il s’agit du premier opéra de Launis. La situation ressemble à celle où Armas Launis se trouva il y a 105 ans, lorsqu’il ramait, à contre-courant, le long du fleuve Teno. Nous ignorons ce qui arrivera, mais nous savons que nous sommes accompagnés d’un compositeur remarquable, original, personnel, profond et captivant. Armas Launis est sur la route du retour vers la maison.
Texte original en finnois – Traduction Asta Schuwer Launis