Henri-Claude FANTAPIÉ

Armas Launis (1884-1959)

Un compositeur finlandais dans le contexte niçois et français.

A cheval sur deux pays et sur plusieurs traditions musicales, Armas Launis est un des mal-aimés de la musique finlandaise de la première partie de ce siècle. Bien que Tauno Karila (in Composers of Finland, 1965) ait affirmé que « Launis won recognition as a composer not only in Finland but also in France, where his works have also been given hearings », la réalité est moins brillante. La pauvreté bibliographique sur l’homme et l’œuvre est d’ailleurs égale à la rareté des documents sonores. Après Kaj Maasalo en 1969 et avant H. I. Lampila en 1997, seul Erkki Salmenhaara en 1996 dans la Suomen musiikin historia vol. 2  a réellement utilisé les archives qui appartiennent maintenant à la Bibliothèque de l’Université d’Helsinki,

Launis a pourtant été le compositeur du premier opéra finlandais qui a été monté sur une scène française, ses activités musicales ont été multiples et il a aussi été le premier et le seul compositeur finlandais qui, avant la deuxième guerre mondiale, se soit fixé en France et qui ait tenté de s’y imposer musicalement.

Les études musicales de Launis, dans l’ombre de Sibelius, sont influencées par Ilmari Krohn en qui il trouve un guide pour ce qui deviendra vite un de ses intérêts majeurs, l’ethnomusicologie à la base de son doctorat en 1911 et pour un second sujet de prédilection, l’enseignement. Mais son attachement principal restera la composition qu’il étudie en 1907 – 1908 à Berlin au Conservatoire Stern avec Wilhelm Klatte et à Weimar avec de brefs épisodes

en Scandinavie, Russie et en Europe centrale.

Docteur en 1911, Professeur agrégé de l’Université d’Helsinki, il enseigne de 1918 à 1922 à l’Université d’Helsinki. Il est également nommé membre de la Société du Kalevala et de l’Académie des Sciences en 1920 mais son rôle reste essentiel comme fondateur des Conservatoires Populaires de Finlande à partir de 1922, établissements qui, sous une nouvelle dénomination existent encore aujourd’hui. Il est à l’origine de la diffusion de ce type d’écoles dans le pays.

De 1904 (Quatuor à cordes en do majeur) à 1930, date de son installation à Nice, trois œuvres essentielles jalonnent son parcours, trois opéras et tout d’abord les Sept frères (Seitsemän veljestä – 1913), sur un livret (1911) qu’il rédige d’après l’œuvre homonyme d’Aleksis Kivi. En 1914, il adapte le sujet de Kullervo qu’il met en musique en 1917 et qui est joué la même année, avivant les regrets de Sibelius (qui n’assiste pas à la première), de ne pas avoir écrit d’opéra sur le sujet. En 1921, après avoir écrit une des toutes premières musiques de film en Finlande pour Les noces caréliennes (Häidenvietto Karjalan runomailla ), puis une musique de scène : Simoun (1928), il aborde un troisième livret pour l’opéra né de ses voyages en Laponie, Aslak Hetta dont il écrira la musique plus tard à Nice.

La vie de Launis est marquée par une intense curiosité et un goût des voyages qui ne diminuera que du fait de la guerre et de sa sédentarisation familiale (à Nice). Ses collectages en Carélie, en Ingrie et en Laponie sont toujours d’actualité pour les chercheurs contemporains. Après l’Est et le Nord de son pays, il s’intéresse à l’Estonie. A partir de 1920, ses voyages le conduisent au Pays Basque, en Espagne, en Algérie puis au Maroc. 

Par la force des choses, et bien que l’opéra semble être resté une préoccupation constante, Launis écrira à Nice surtout des œuvres orchestrales, négligeant curieusement le domaine de la musique de chambre qui offrait encore des facilités d’exécution et d’édition.

Henri-Claude Fantapié

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