
Début juillet, Urkuyö ja Aaria -festivaali la Nuit de l’orgue et le Festival des arias proposeront la première mondiale du ballet-opéra télévisé Les Flammes gelées, composé par Armas Launis en 1957
Les Flammes gelées, la dernière œuvre scénique du compositeur d’opéra Armas Launis (1884-1959), éclaire de multiples façons son univers intellectuel. Le thème de l’œuvre peut être interprété comme un ultime regard nostalgique sur sa terre natale, après son installation à Nice. Inspirée par l’Antiquité, l’œuvre, tout en se tournant vers le passé, anticipe une ère nouvelle et témoigne de l’enthousiasme du compositeur pour les technologies modernes.
Armas Launis était un pionnier. Il a composé le premier opéra-comique finlandais, Les Sept Frères (1913). Dans cet ouvrage, il a utilisé le chant parlé, une technique encore boudée par ses contemporains, car il souhaitait que les chanteurs parviennent à une expression naturelle et teintée de culture populaire.
Son opéra suivant, Kullervo (1917), fut un succès et valut au compositeur une pension d’artiste, une allocation annuelle de l’État. Grâce à ce soutien financier, il put voyager pour découvrir les cultures de différents pays, rechercher des thèmes originaux et collecter des éléments du folklore pour ses opéras. Sept opéras furent achevés, trois sont demeurés inachevés ou au stade du livret. Le langage musical de Launis se renouvelait d’œuvre en œuvre, bien qu’il n’ait jamais pu entendre ses propres opéras.


Une ancienne pierre commémorative romaine découverte à Antibes et l’inscription qui y est gravée ont inspiré Armas Launis pour composer l’opéra-ballet Les flammes gelées, conçu pour la télévision.
Texte de la stèle : Un lieu sacré pour les dieux des enfers, où repose un jeune garçon nordique de douze ans. Pendant deux jours, il a dansé au théâtre d’Antipolis et a ravi le public.
Launis était un explorateur passionné et un scientifique expérimenté. En Carélie frontalière et en Ingrie, il a enregistré des mélodies folkloriques sur un phonographe. Il fut le premier musicologue finlandais à soutenir une thèse sur la musique folklorique : sa thèse (1910) portait sur le chant runo-estonien.
Armas Launis était un innovateur curieux par nature. Son sens du temps est évident dans le fait qu’il prévoyait de projeter de courtes séquences filmées pour illustrer les ouvertures et les interludes de l’opéra Aslak Hetta, un opéra sur le thème sami composé dans les années 1920 : « Paysages lapons à la lumière du matin », « Deux éleveurs de rennes passant avec leur troupeau, au clair de lune ».
L’intérêt de Launis pour les nouvelles technologies transparaît également dans sa dernière œuvre scénique, les Flammes gelées (1957), achevée deux ans avant sa mort. Elle était conçue pour chœur et orchestre, mais Armas Launis n’eut pas le temps de transposer la partition pour piano en partition pour orchestre. L’œuvre suscita un vif intérêt à Nice. Le livret des Flammes gelées fut publié dans un quotidien niçois, en une série de trois articles. Le directeur de Radio Nice exprima également son souhait de diffuser l’œuvre, d’abord à la radio, puis à la télévision.
Launis a également donné les titres Stella borealis et Septentrio Paksen poika à son œuvre. En un acte, elle comporte, selon le compositeur, douze « visions ». Il s’agit du premier opéra-ballet finlandais de ce genre écrit pour la télévision.
L’objectif du compositeur est une expérience artistique holistique complète.
L’histoire de l’opéra est inspirée d’un ancien thème romain : Septentrio, le fils de douze ans d’un chef viking nordique, est capturé par les Romains en Bretagne. Il rêve de retourner dans son pays natal, où on lui montre la voie à suivre : le bouleau et l’étoile.
Le garçon connaît un tel succès avec sa danse qu’il est affranchi. Cependant, non habitué au climat du Sud, il tombe malade et meurt.
L’histoire d’Armas Launis, qui reflète sa nostalgie pour sa terre natale du Nord, et son langage musical versatile créent une atmosphère qui incarne sa conception typique d’une expérience artistique holistique. Elle mêle musique, images et danse.
D’où Launis a-t-il tiré l’idée de son œuvre ? En 1930, il s’installe définitivement avec sa famille sur la côte méditerranéenne, à Nice. Lors d’une visite au musée archéologique d’Antibes, situé près de sa nouvelle ville, il découvre une ancienne tombe romaine, ou stèle commémorative. Y est gravée l’histoire du jeune esclave Septentrion : celui-ci avait enchanté le public par sa danse pendant deux jours avant de mourir. Cette histoire résonne profondément en Launis. Elle exprime la nostalgie, des sentiments enfouis et un amour profond pour la terre de son enfance.
Le festival ne présentera pas de danse, mais une œuvre vidéo. La réalisation et la conception vidéo sont signées Valtteri Raekallio et Thomas Freundlich.
« D’un point de vue moderne, il semble inapproprié d’interpréter l’œuvre de Launis en respectant scrupuleusement le livret, ses parenthèses et les descriptions des personnages », explique Raekallio. « La pensée musicale de Launis a mieux résisté à l’épreuve du temps que la structure dramatique de l’œuvre ou les descriptions des personnages. La musique reste d’actualité et inspire de nouvelles interprétations. »
Raekallio et Freundlich ont pris certaines libertés artistiques avec le ballet-opéra télévisé original. Ils affirment vouloir créer un spectacle de concert construit à partir d’éléments d’art contemporain et qui, espèrent-ils, s’inscrira dans la « quête de nouveauté de Launis ».
« Notre objectif n’est pas d’illustrer le drame du livret. Outre la musique de Launis, qui occupe une place centrale, nos principaux outils sont une grande projection vidéo ainsi que l’église Tapiola, de style brutaliste en béton, conçue par Aarno Ruusuvuori où a lieu la représentation, et les possibilités offertes par son acoustique, notamment pour la disposition du chœur ; tous sont en dialogue constant », explique Freundlich.
Le Chœur de Chambre d’Helsinki, dirigé par Nils Schweckendiek, interprète la musique. Le chœur se déplace dans l’espace, mais sans pour autant « jouer » un rôle narratif. Il forme une communauté au sein de laquelle les voix solistes se reflètent et apportent leur propre couleur à la performance.
Dans un spectacle de plus d’une heure, les idées originales d’Armas Launis sont présentées, adaptées à une forme moderne, dans un esprit novateur très Launisien.
L’opéra d’Armas Launis sera présenté en première mondiale à l’église Tapiola d’Espoo le 2 juillet 2026 à 20h. La représentation sera en français. Une discussion sur Armas Launis et les Flammes gelées aura lieu à 19h avant le spectacle.
PEKKA HAKO
© RONDO 4/2026 Traduit du finnois